Ici aussi, nous avons droit à un "free breakfast" ! Il n'est constitué que de deux tartines, d'une petite barquette de confiture et d'un sachet de thé par personne, mais en y ajoutant du beurre et nos tartines de réserve, nous arrivons à déjeuner convenablement.
Nous nous rendons au parking du glacier pour y faire une demi-journée de randonnée. Plusieurs sentiers sont balisés à partir de ce point. Mais il pleut tellement que nous sommes obligés de nous chausser dans la voiture : ça commence mal ! Nous sortons quand même : normalement, nos tenues sont imperméables.
Les nuages sont bas, on ne voit pas les sommets au-dessus du chemin. Plus loin, celui-ci traverse la rivière à gué : elle s'étale sur les anciennes moraines du glacier, formant plusieurs bras de largeurs variables. En montant en altitude, la pluie se transforme en neige. Nous passons plusieurs moraines frontales laissées en place par le recul du glacier. Mais bientôt le chemin s'arrête : nous ne pouvons pas aller jusqu'au pied du glacier, encore moins marcher dessus, car le risque de chute de pierres et de séracs est trop important. Nous faisons donc demi-tour et revenons à la voiture trempés. L'imperméabilité des vêtements n'a eu qu'un temps. Au-dessus du parking, les forêts sont saupoudrées de blanc, c'est de toute beauté.
Nous repartons pour rejoindre Haast, l'extrême sud de la route avant l'inaccessible Fjorland, en passant par le Fox Glacier, l'autre grand glacier de la chaîne des Southern Alps. Il pleut toujours, et comme la route monte, nous retrouvons la neige. Celle-ci tombe en flocons énormes qui accrochent de plus en plus à la route. Si bien que ça devient glissant... Antoine peine à emmener la voiture sur un parking en haut d'une petite côte : dans le virage, entre la rivière et le ravin, il s'est fait un peu peur. Nous nous arrêtons donc pour chaîner quand arrive le camion de la Poste qui descend vers Franz Josef. Il nous crie de faire demi-tour, en indiquant par gestes qu'il y aurait 1 mètre de neige à l'endroit d'où il vient. Nous suivons le conseil et descendons. Autour de nous, les fougères sont couvertes de neige, c'est un spectacle étonnant et magnifique.
Dans la descente, Antoine conduit prudemment car la route est bien glissante. En bas, nous croisons le chasse-neige qui monte suivi par une voiture des Ponts et Chaussées locaux. Hop, demi-tour, nous les suivons ! Derrière la lame, ça roule tout de suite mieux ! Nous dépassons le petit parking, maintenant tout blanc. Mais nous ne nous sommes pas arrivés pour autant car, un peu plus loin, plusieurs véhicules stationnent sur la chaussée. La déneigeuse doit s'arrêter derrière eux, et nous à sa suite. Du côté du ravin, des gens s'activent avec des cordes et des couvertures : une voiture aurait glissé ?? Nous attendons tandis que la voiture de la DDE s'avance sur le lieu de l'accident. Le chasse-neige double tout le monde pour continuer son office. Pour nous, pas question de doubler : la voie de droite est complètement enneigée et en partie occupée par toutes ces personnes affairées. Peu après, des véhicules de la DDE arrivent dans l'autre sens et nous demandent de chausser les chaînes et de redescendre, signalant que la route est fermée pour l'instant.
Bon, pas le choix : nous chaînons puis nous redescendons. En route, nous croisons des véhicules de secours qui montent : l'accident semble important. Cette fois, nous nous voyons bloqués à Franz Josef pour un moment. La situation sent l'aventure palpitante à plein nez, mais nous ne rions pas trop quand même car si nous restons bloqués ici, nous devrons raccourcir notre périple sur l'île sud.
Un petit tour au I-site (=office du tourisme) de Franz Josef, avec station prolongée devant les radiateurs, nous réchauffe un peu. Nous feuilletons les livres pour enfants, dont le héros, Little Kiwi, vit des aventures passionnantes (mais en anglais) dans la rain forest. Un grand plan en relief montre les Alpes du Sud ; nous comprenons pourquoi il n'y a qu'une seule route qui quitte Franz Josef Glacier, la chaîne de montagnes est trop abrupte pour être franchie n'importe où. Mais nous sommes étonnés de voir que la route de ce "col" qui nous pose tant de problèmes est juste une succession de toutes petites côtelettes comme nous en avons déjà franchies plein et qu'on ne signalerait même pas s'il ne neigeait pas !
Nos vêtements mouillés sèchent pendant que nous pique-niquons dans la voiture. Ca devient une habitude : avec cette pluie glaciale, difficile de trouver un endroit sec et abrité où se poser pour déjeuner.
En début d'après-midi, il ne pleut presque plus. Nous consultons le panneau d'information du I-site : pour se rendre à Fox, il faut les chaînes, mais la route est ouverte. Très bien ! Nous repartons ! En bas de la côte, il n'y a plus personne pour arrêter les voitures, la voie est libre. Les bas-côtés sont blancs mais la chaussée est dégagée. Après plusieurs petits "cols", nous atteignons Fox sans problème et sans chaîner.
Nous continuons notre route vers Haast. Elle longe la mer par endroits, comme au Knight Point, un joli "lookout" (ou "miradouro" comme on disait aux Açores : un point de vue, quoi) où nous faisons halte.
Vers 17h00, nous voilà à Haast. La bourgade est minuscule, nous ne sommes pas sûrs qu'il y ait du logement et le I-site qui pourrait nous renseigner est fermé. Cela nous décide à tenter le franchissement du Haast Pass, un vrai col celui-ci, alors même que la bruine qui continue de tomber n'est pas très engageante. Nous espérons dormir de l'autre côté, à Makarora.
Bien sûr, nous sommes assez vite environnés par la neige, mais comme la route a dû être salée, elle n'adhère pas à la chaussée. Nous suivons la rivière et atteignons tranquillement le col... pour nous retrouver fouettés par la neige et le vent de l'autre côté ! Il neige à gros flocons et droit sur nous ! En plus, il fait maintenant nuit. Heureusement, la tempête se calme et nous atteignons Makarora sans avoir eu vraiment l'impression de descendre un col : comme à Arthur's Pass, le col est un passage obligé d'un versant à un autre de la chaîne alpine, mais cela ne veut pas dire que l'altitude soit importante.
Le bourg de Makarora est constitué de trois ou quatre maisons dont un "visitor center" (autre nom du I-site) et un café-pub qui propose des hébergements. Il s'agit de huttes éparpillées autour d'un bâtiment qui sert de lodge (salon, salle à manger, cuisine). et d'un autre qui abrite les sanitaires. Cela nous convient, nous sommes déjà bien contents d'avoir trouvé une chambre ! D'autant plus qu'un panneau indique que la route du col est maintenant fermée : nous avons eu chaud...
Nous dînons au pub et goûtons l'ambiance (tout un groupe fête un anniversaire à grand renfort de bière) et les spécialités locales. Je teste un genre de fish and chips qui n'a pas dit son nom (honnêtement mangeable) tandis qu'Antoine se laisse tenter par le "roast of the day". Ce plat, trop vite traduis par "grillade du jour", s'avère être plutôt le "ragougnasse du soir" : un rôti d'on-ne-saura-jamais-quoi accompagné de légumes "cruits" à la mode anglaise (pas très bon, voire pas bon du tout). En dessert, je craque pour le pavlova dont j'ai lu la description dans le guide et je le conseille à Antoine. Un fruit inconnu (pas celui dont parlait le guide, en tout cas) est servi avec de la glace à la vanille surmontée de meringue. Seul le remplissage précédent de mon estomac m'empêche de savourer ce régal, mais je crois que, pour sa part, Antoine avait déjà reçu des conseils meilleurs que celui-ci...
Nous ne traînons pas dehors car il gèle probablement : nous nous précipitons dans le lit. Il est pourvu d'une alèse chauffante bien appréciable. Quant au chauffage, lui aussi est local : un radiant pendu à la poutre de la hutte (à 2 m de haut, soit 3 m sous le plafond) et un chauffage d'appoint à bain d'huile peinent à faire monter la température au-dessus de 10°C.