Samedi 25 juillet : de Déolen à Paris

Déolen, 8h : Louisette, la propriétaire du logement d'Antoine, nous emmène à la gare de Brest. Arrivés à Montparnasse, nous y pique-niquons en attendant le car d'Air France qui va nous conduire à Roissy. Nous sommes largement en avance, du coup, nous nous plantons devant un écran qui retransmet le Tour de France en attendant Annie et Joël qui arrivent de Surgères en train juste sous l'aéroport. 
Vient le moment fatidique de l'enregistrement. Je précise que, samedi dernier, jour initialement prévu pour notre départ, nous avons eu un souci à ce moment-là car il nous manquait le visa indispensable pour entrer en Australie. Après de nombreuses démarches, nous avons pu décaler notre départ à aujourd'hui, mais la crainte de devoir annuler le voyage plane toujours.
"Avez-vous votre visa pour l'Australie ?
- Oui.
- Montrez-moi."
Scrgnff. Moi, je sors mon document "e-visitor", mais Antoine n'a qu'un accusé de réception de sa demande, sur sa boîte mail. On nous a assuré que cela suffit. Heureusement, ce soir, son téléphone charge vite et bien. Nous passons ce premier contrôle. 
Au comptoir d'enregistrement, nouvel arrêt : l'employée n'arrive pas à faire concorder le visa et le billet d'Annie, car l'un est à son nom de jeune fille et l'autre à son nom d'épouse. Re-scrgnff. Nous finissons pour trouver la personne compétente, le problème se résout, nos bagages sont enregistrés et nous recevons nos cartes d'embarquement. Ouf. 
Notre avion décolle à 22h30... Cette fois, c'est parti !

Dimanche 26 juillet : entre Paris, Delhi et Melbourne

Pas facile de dormir dans un avion où on vous sert à manger toutes les deux heures ! Cacahuètes, poulet, petit-déj'... A part ça, nous volons sur un Dreamliner, un Boeing 787 censé être ultra-confortable : meilleure pressurisation, écran individuel avec à disposition des films, des musiques, des cartes du vol et des jeux, hublots à teinte variable, etc.
Nous débarquons à Delhi vers 9h30 heure locale (il n'est que 5h en France) et passons la douane. Devant nous, la queue est déjà longue. Les hommes suivent une file, les femmes une autres car, pour nous, la fouille au corps (= fouille succincte avec le détecteur) a lieu dans une cabine fermée par des rideaux. Pour les hommes, elle se fait devant tout le monde, comme dans la plupart des aéroports. Du coup, côté femmes, le contrôle est plus lent. Et de toute façon, les douaniers indiens ne sont pas tellement efficaces. Par contre, ce sont des champions du maniement du tampon ! Sur notre carte d'embarquement (à gauche et à droite), sur l'étiquette de nos bagages à main... Dommage, nous n'avons pas droit à un tampon sur notre passeport. 
Nous ré-embarquons vers 13h, toujours dans un Dreamliner. Au début, nous avons tous des places séparées, mais Annie arrange un échange avec des voisins, ce qui nous permet, à Antoine et moi, de nous retrouver côte à côte. Bien sûr, on nous sert encore à manger : du poulet, des légumes, toujours aussi épicés. Nous ne pouvons avaler que le riz qui les accompagne, et encore, uniquement les grains qui n'ont pas été en contact avec la sauce. Même les desserts ont un goût bizarre. Tout cela ne nous donne pas envie de tester plus avant la gastronomie indienne.

Lundi 27 juillet : Melbourne

Après une nouvelle nuit passée dans l'avion, nous atterrissons à Melbourne. Antoine et moi passons rapidement le contrôle des passeports car les nôtres sont biométriques ; nous sommes donc contrôlés par une machine. Pour Annie et Joël qui ont des passeports traditionnels, c'est plus long (et il y a beaucoup plus de queue). Au contrôle suivant, nous devons présenter un formulaire contenant des informations sur le lieu et la durée de notre séjour en Australie, sur les pays visités récemment, sur le matériel que nous transportons (chaussures de rando, canne à pêche), et indiquant si nous avons été en contact avec des espaces naturels ou des animaux, si nous avons de la nourriture sur nous, et autres précisions douanières. Nous avons scrupuleusement rempli ces papiers dans l'avion, mais finalement, nos réponses ("nos chaussures sont très bien lavées") suffisent et nos sacs ne sont pas fouillés. 
Un taxi nous conduit de l'aéroport au port de Melbourne, presque en centre-ville. Nous empruntons ensuite le tram historique ("historic tramway") qui fait gratuitement le tour du centre. Il sera notre principal moyen de transport aujourd'hui. Nous faisons étape au Federation Square, une grande esplanade en partie couverte qui abrite des salles d'exposition ou de congrès et des cafés. Nous y prenons un petit-déj, histoire de nous réchauffer. Car ça y est, nous sommes en hiver. A Paris, il faisait plus de 30°C, à Delhi, près de 50°C, mais là, on doit être aux environs de 5°C. Et comme nous avons laissé les gros sacs et les valises à la consigne de l'aéroport, nous n'avons pas grand chose pour nous couvrir. 
Nous poursuivons la visite de Melbourne en montant dans la plus haute tour de la ville, la Eureka Tower (88 étages). De là-haut, nous bénéficions d'une vue panoramique sur les gratte-ciel voisins, les parcs, les rues et la rivière qui traverse Melbourne, la Yarra River. Antoine et moi participons à l'attraction "Edge experience" au cours de laquelle nous nous retrouvons dans un bloc de verre au-dessus du vide. Un peu vertigineux, mais on a connu pire. 
Nous zonons ensuite sur les quais de la Yarra et franchissons une passerelle artistique construite selon une ligne brisée. Nous tournons dans les rues du centre avant de déjeuner dans un restaurant qui nous semble servir de la nourriture à peu près française. En début d'après-midi, nous tentons de visiter l'aquarium, mais le prix d'entrée est prohibitif. Nous nous rabattons sur un parc où les serres sont malheureusement fermées. Nous sommes tous fatigués par les nuits d'avion et le décalage horaire. Joël et Annie se posent dans un café ; Antoine et moi continuons l'exploration du centre-ville en direction de la cathédrale et du parlement de Victoria (l'état dans lequel se trouve Melbourne), mais nous nous endormons en marchant. 
Du coup, après le rassemblement de la troupe, nous reprenons la route de l'aéroport où nous avons le temps de nous reposer un peu avant d'embarquer dans l'avion suivant, vers 23h.

Mardi 28 juillet : de Christchurch à Kaikoura

4h30 : nous voilà en Nouvelle-Zélande !
Nous débarquons à l'aéroport de Christchurch (prononcer quelque chose comme "Cwoicheuch") après une nouvelle nuit quasiment sans sommeil. Les organismes sont claqués. Pourtant, il faut rester bien éveillé pour affronter les contrôles douaniers qui se compliquent : on nous demande précisément quel matériel nous apportons et nos chaussures de rando sont inspectées.
Nous sortons enfin du labyrinthe aéroportuaire et nous retrouvons... Thomas ! Fort instant d'émotion pour la famille Gouëllo. Peu après, nous retrouvons Yoanna partie garer la voiture et nous petit-déjeunons tous ensemble à l'aéroport en nous racontant nos aventures respectives. Tom et Yo emmènent Annie et Joël directement au logement qu'ils nous ont trouvé, près de Richmond, dans le nord de l'île Sud (South Island). Nous, nous attendons tranquillement 8h et l'ouverture de l'agence de location de voitures. Nous en profitons pour changer de vêtements. Depuis le départ de Paris que nous traînons les mêmes chemisettes d'aéroports en avions, cela fait un bien fou !
7h30 : un peu d'air frais et de marche jusqu'à l'agence nous font le plus grand bien après les heures passées les jambes pliées dans les avions à respirer de l'air conditionné. Nous récupérons notre véhicule, une Nissan Tiida immatriculée HUP 55 (ce qui deviendra son surnom). Je peine à la démarrer car elle a une boîte automatique et un "truc" : il faut enlever le frein de parking (en France, on dirait "le frein à main" mais ici il est à pied) pour passer la marche avant. Logique, mais il fallait y penser. A part ça, la conduite à gauche ne pose pas trop de problèmes, surtout en ligne droite. Dans les carrefours, je suis un peu plus hésitante. L'avantage de la boîte automatique, c'est qu'on ne risque pas de taper la portière en changeant de vitesse. Par contre, je mets en route les essuie-glace un certain nombre de fois au lieu d'allumer le clignotant (les leviers sont inversés). 
Nous prenons la route qui longe la côte est en direction de Kaikoura, un peu plus au nord. Nous nous arrêtons à Amberley Beach pour admirer l'Océan Pacifique. Cette première rencontre est concluante : la plage de galets noirs n'étend jusqu'à l'horizon et l'eau n'est pas très froide relativement à la température de l'air. Mais cet océan n'est pas si calme que cela : il tourne de jolis rouleaux, comme nous le constaterons sur tous les littoraux de l'île. Pas étonnant que la Nouvelle-Zélande soit réputée pour le surf ! 
Au deuxième arrêt, HUP 55 nous dépose devant un supermarché pour acheter une réserve de pique-nique. Comme nous ne pouvions pas faire entrer de nourriture en Australie, nous n'avons rien à manger, pas même quelques gâteaux. Ce magasin néo-zélandais ne nous dépayse pas trop, sans doute parce que nous comprenons les étiquettes. La nourriture nous paraît cependant très britannique, et la suite va le prouver. 
Le troisième arrêt a lieu quelques kilomètres plus loin, au bord de la route. Je m'endors terriblement et Antoine a trop mal aux yeux (conséquence des nuits sans sommeil et des lentilles enlevées et remises à des heures inhabituelles) pour me relayer. De toute façon, il dort aussi... Mais quelques instants plus tard, un camion qui croise un autre véhicule sans doute un peu vite essaie de se garer sur nous. Nous partons plus loin, je lutte pour trouver une route perpendiculaire avant de me rendormir.
Antoine profite de ma sieste pour se promener sur les collines jaunies. Déjà, le paysage est fascinant : il nous rappelle les Highlands écossais, mais en plus ondulé. Nous pique-niquons au chant des oiseaux. Expérience dépaysante elle aussi, car nous n'en reconnaissons aucun ! 
La route jusqu'à Kaikoura est laborieuse, nous devons encore nous arrêter plusieurs fois. Nous n'y parvenons enfin qu'à la nuit tombante (soit vers 18h, nous sommes en hiver), par une route qui longe la mer et viroune dans la montagne. Car la montagne tombe directement dans la mer, autre caractéristique du littoral néo-zélandais. 
A Kaikoura, trouver un logement n'est pas facile, l'un de ceux indiqués dans le guide est plein et l'autre est introuvable. Nous cherchons un backpackers (littéralement, un "pour porteurs de sac à dos") : c'est une auberge de jeunesse qui propose des chambres en plus des dortoirs. Parfois, les chambres sont même "en-suite", c'est à dire qu'elles disposent de sanitaires privés. Nous trouvons finalement deux lits dans un dortoir vide au Fish Tank Lodge. Les sanitaires sont au bout du couloir, mais cela nous convient : pour ce soir, nous n'avons besoin que d'une douche (quel délice !) et d'un lit (c'est mieux que les sièges de la voiture). Il n'est que 20h30 mais nous sommes tellement pressés de dormir enfin correctement que nous nous contentons d'un bout de melon jaune pour le dîner avant de filer au lit.

Mercredi 29 juillet : de Kaikoura à Blenheim

Victimes du décalage horaire, nous nous réveillons très tôt et la faim au ventre. Nous prenons le petit déjeuner dans un café de la ville : œufs, jambon, tomates, saucisses... C'est un "full breakfast" ! Mais nous avons tellement faim que nous l'avalons un peu vite. Et puis un breakfast britannique, c'est un peu trop pour des gens qui se nourrissent de pas grand-chose depuis quatre jours. Je me retrouve donc avec des crampes d'estomac plutôt douloureuses. 
Cela ne nous empêche pas d'admirer le magnifique front de mer. Nous apercevons beaucoup d'oiseaux qui virevoltent au large, mais nous n'avons ni lunette (Antoine compte sur celle de Thomas) ni guide ornitho. Impossible donc d'identifier quoi que ce soit. Nous voulons observer ces oiseaux de plus près et nous réservons des places pour une sortie en mer à 12h45 : c'est un "whale-watching", c'est-à-dire une sortie pour observer des cétacés, mais nous espérons approcher des albatros, des puffins et autres piaf marins. 
En attendant, nous allons voir la "seal colony" (= colonie de phoques) sur la péninsule de Kaikoura. Nous nous attendons à 2-3 phoques, comme en Irlande. Mais ce sont des otaries que nous découvrons, et il y en a une bonne trentaine sur les rochers !! Certaines sont des mâles énormes, couchés presque sur le parking. Sur l'estran, il faut faire attention où on pose les pieds car on aurait vite fait de s'approcher trop près d'eux. Les pups, les bébés otaries, se promènent même dans la montagne et traversent les sentiers. 
Au local du whale-watching, la sortie est précédée d'un film sur la faune locale que nous avons du mal à comprendre, puis un bus nous emmène à l'embarcadère. Le bateau est un catamaran très stable : la mer brasse pas mal mais on ne sent presque rien, en tout cas tant qu'on avance. Plein d'oiseaux volent autour de nous, surtout des albatros et des Damiers du Cap, noir et blanc comme leur nom l'indique. C'est magnifique ! Nous nous approchons d'un premier cachalot dont on a aperçu le soufflet. Il nage en surface près du bateau avant de plonger. Nous en découvrons deux autres un peu plus loin, mais aucun dauphin ne vient sauter près de notre bateau. 
Malheureusement, tourner en rond à la rechercher de cétacés brasse beaucoup, catamaran stable ou pas. Et mon petit déjeuner était tellement lourd qu'il finit par ressortir tout seul. Après cet épisode peu glorieux, je suis pressée de rentrer au port.
Nous quittons Kaikoura en direction du nord, mais conduire reste toujours aussi difficile et nous devons à nouveau nous arrêter pour dormir un peu. Finalement, nous renonçons à rejoindre la famille ce soir à Richmond : nous faisons halte à Blenheim, au cœur du grand vignoble du Marlborough.
Blenheim est une ville assez importante, mais notre guide ne nous en donne pas le plan. Difficile d'y trouver un backpackers, même avec l'adresse... D'autant plus qu'il est 18h passées et donc qu'il fait nuit ! A force de tourner et de repasser par les mêmes rues, nous finissons par en  dénicher un. Il est rempli de travailleurs viticoles saisonniers mais la tenancière nous donne un plan de la ville, c'est toujours ça de gagné ! Cependant, même équipés, impossible de trouver la deuxième AJ. Nous devons nous rabattre sur un motel à 145 $. Moi qui pensais que les motels étaient des établissements plus ou moins miteux en bord de grandes routes (dans les romans, les héros qui traversent les Etats-Unis prennent toujours un chambre dans un motel pour la nuit), ce n'est pas du tout ça ! Ce n'est certes pas donné, mais c'est très confortable. En fait, ce sont des appartements côte à côte autour d'une cour-parking, le long des routes d'accès principales des villes. A l'intérieur, nous avons un grand lit, une télé grand écran, un canapé, mais aussi une vaste baignoire dans la salle de bain (avec jacuzzi !) et un coin cuisine avec de la vaisselle et un frigo. En plus, le chauffage d'appoint fonctionne à merveille (de façon normale, quoi). Nous hésitons à le mettre en route, nous sommes quand même en juillet, il ne faut pas exagérer. En fait, c'est bien la dernière fois que nous nous poserons ce genre de question.
Nous dînons de pâtes et de sauce bolognaise achetées au supermarché du coin. A la télé, il n'est question que de rugby : est-ce que ça ne serait pas le sport national ??  

Jeudi 30 juillet : de Blenheim à Richmond via Pelorus Bridge

Nous quittons Blenheim en traversant les vignobles. Un peu plus loin, nous faisons halte dans le village portuaire de Havelock, sur la Pelorus River. Havelock est réputé comme la capitale mondiale de la moule verte, une grosse moule qu'on ne trouve que dans ce coin.  C'est aussi un port d'entrée vers les Marlborough Sounds, un grand ensemble d'îles, de presqu'îles et de fjords au nord-est de l'île Sud.
En revenant à la voiture, nous traversons le Memorial Park, que nous supposons être un jardin public autour d'un monument aux morts. En effet, les Néo-Zélandais sont venus se battre dans les Dardanelles pendant la Première Guerre Mondiale ; c'est un épisode très important dans l'histoire de cette jeune nation, beaucoup de monuments le rappellent. Mais en fait de parc, nous débouchons tout bonnement sur le terrain de rugby du village.
Après quelques courses à la superette de Havelock, nous garons la voiture quelques kilomètres plus loin, près du Pelorus Bridge, d'où partent plusieurs sentiers de randonnée. Nous enfilons les chaussures de rando puis nous nous enfonçons dans la forêt antipodique. L'impression est saisissante. Par un froid hivernal, nous avançons dans une forêt verdoyante et luxuriante. Autour de nous, toute la végétation s'étage, couverte de feuilles bien luisantes : superbes fougères argentées arborescentes, arbres couverts de mousse noire, buissons inconnus peut-être proches des lauriers, sortes de cyprès, flax (une herbacée de la famille des yuccas). Le mot canopée prend tout son sens, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de nos têtes. A chaque pas, nous nous émerveillons de ce paysage dépaysant, quasi-tropical et pourtant frigorifique. Nos oreilles elles non plus n'en croient pas... leurs yeux (?) : les oiseaux chantent de façon bizarre dans ce pays et à part un pigeon énorme, ils ne ressemblent pas plus que leur chant à quelque chose de connu.
Nous passons près de la rivière Pelorus, qui a servi de décor à la scène des tonneaux dans le film Le Hobbit. De fougère en tronc moussu, le sentier nous mène jusqu'à une cascade paradisiaque qui me donnerait bien envie de faire trempette si je n'avais pas tant de couches de vêtements sur moi. En plus, l'eau n'est pas tellement froide. Plus loin, nous découvrons une deuxième cascade sans nom ("first waterfall", "second waterfall"...) tout aussi belle, mais moins accessible : elle tombe dans un bassin entouré de falaises de sable, on ne peut s'en approcher qu'en sautant de rocher moussu en caillou glissant. Juste ce qu'il faut pour finir les fesses mouillées et endolories.
Nous pique-niquons au milieu du sentier qui grimpe fort avant d'atteindre le sommet du Trig K quelques mètres plus loin. C'est un petit sommet, tout entouré d'arbres, d'où on ne voit pas grand chose du paysage ; malgré tout, l'altitude permet un net radoucissement de température par rapport au fond de la vallée.
De retour à la voiture, nous reprenons la route vers Nelson, la grosse ville du nord de l'île Sud, puis Richmond. La route, pourtant la plus belle de la région, n'est encore qu'une succession de virages. Et ce n'est pas fini ! A partir de Brightwater, nous la quittons pour nous enfoncer dans la montagne, le long de rivières encaissées. Finalement, c'est par une "gravel road" que nous parvenons à la maison que Thomas et Yoanna nous ont trouvée. Une "Gravel road" est une route non goudronnée : en France, on appellerait ça un chemin, mais ici, ce type de route mène à des habitations.
Quand nous arrivons, il ne fait pas encore nuit, mais nous ne trouvons personne. Un mot nous apprend que la famille a passé la journée plus au nord, vers Takaka, où Tom et Yo sont restés plusieurs semaines. Il nous explique comme mettre en route le radiant à gaz qui chauffe notre chambre et où trouver le bois pour allumer le poêle de la maison. Mais rien n'y fait : pas moyen de faire démarrer le radiant et sans petit bois (pas trouvé), pas grand chose ne flambe dans le poêle. Nous nous apprêtons à faire cuire des nouilles pour dîner et nous coucher tôt (dans un lit, au moins, nous sommes au chaud) quand la voiture arrive. Changement de programme : grâce à des explications plus précises, le radiant s'allume ; des branchettes aident le feu à prendre ; sur la gazinière, des moules vertes ramassées sur la côte remplacent l'eau des pâtes ! Malgré tout, nous ne sommes pas encore capables de veiller bien tard et nous ne traînons pas longtemps avant de rejoindre notre chambre, aménagée dans le hangar.

Vendredi 31 juillet : au lac de Saint-Arnaud

Nous nous réveillons dans une chambre moins que tiède car nous avons dû éteindre le radiant dans la nuit (il faisait trop chaud...). Et ce n'est pas la douche qui va nous réchauffer car elle est installée dans le hangar, où la température avoisine les 0°C, comme dehors. Tant qu'on est sous l'eau, tout va bien, mais il n'est pas question de traîner sur le tapis en sortant !
Nous rejoignons le reste de la maisonnée pour le petit déj' et goûtons la confiture de figue et de feijoa (un fruit vert local acidulé) confectionnée par Annie et Yo : fameux ! Puis Yo nous emmène en quad porter du foin aux vaches parquées un peu plus loin dans la montagne.
Nous arrêtons le programme de la journée : Joël reste pêcher dans la rivière qui passe derrière la maison, avec mission de rentrer la lessive avant que la fraîcheur ne tombe dessus (vers 15h, quand le soleil glissant derrière les montagnes annonce déjà la tombée de la nuit), nous autres partons randonner près du lac de Saint-Arnaud.
Ce n'est pas tout près : en voiture, il nous faut déjà une petite heure pour atteindre le lac. Nous y pique-niquons parmi les canards ; l'un d'eux chipe même le morceau de pain d'Annie ! Nous découvrons une forêt magnifique, bien différente de celle admirée hier ; nous marchons entre des hautes futaies de bouleaux (ou quelque chose de proche) sous lesquelles poussent encore des fougères, mais moins nombreuses qu'à Pelorus Bridge. Entre rochers et racines, l'ascension est sportive, si bien qu'Annie renonce au sommet et redescend en compagnie de Thomas. Antoine et moi continuons, à la suite de Yo qui grimpe comme un chamois. Nous sortons des bois et traversons des prairies d'altitude bien pentues avant de parvenir au sommet du Parachute Rock. La neige s'invite même sur le chemin ! Il ne fait tellement pas chaud que, par endroits, des cristaux de glace se sont formés dans la boue du sentier.
La descente est dévalée au pas de course et nous retrouvons Annie et Tom au bord de la rivière. Il est près de 17h, la nuit va vite tomber maintenant, il est temps de rentrer.
Annie nous cuisine une délicieuse soupe de légumes parfaite pour requinquer les organismes, suivie de morceaux d'agneau (local) aux patates (locales) dont mes papilles se souviennent encore avec émotion. Après cette journée bien remplie, nous ne faisons pas long feu : à 20h30, tout le monde est au lit ! Il nous faudra encore quelques jours avant de surmonter la fatigue du décalage horaire.

Samedi 1er août : dans les Marlborough Sounds

Nous nous levons de bonne heure afin de partir du côté des Marlborough Sounds, qui sont à au moins une heure de Richmond. Mais nous sommes retardés par la douche du hangar qui refuse de chauffer : il nous faut donc traverser la cour pour nous doucher dans la salle de bain de la maison (avec eau chaude, mais sans radiateur).
Enfin, à 9h15, nous prenons la route de Picton, le port d'embarquement vers l'île Nord. Passé Nelson et son agglomération, la route se met à virouner comme il faut ; nous le savons bien, c'est la même que nous avons empruntée il y a deux jours pour venir de Blenheim. Plus loin, au lieu de filer vers Picton, nous tournons en direction du nord et du Queen Charlotte Track, un beau chemin de grande randonnée qui traverse les Sounds sur plusieurs journées de marche. Nous envisageons de nous approcher du Mount Stock pour en faire l'ascension. Mais la route est tellement viragineuse qu'elle n'en finit pas. Il nous faudrait encore plusieurs heures pour aller jusque là-bas.
Nous choisissons donc de nous arrêter près de Mistletoe Bay et prenons un sentier qui fait le tour d'une petite presqu'île. On se croirait dans des fjords norvégiens sauf que, là-bas, c'est la roche nue qui tombe directement dans la mer ; ici, c'est la forêt pluviale (la "rain forest"). Tout aussi beau ! Nous scrutons les anses à la recherche de manchots bleus, sans succès.  Le temps est gris mais la végétation n'en paraît que plus luxuriante. Certains sentiers s'enfoncent littéralement dans la forêt, sous des voûtes de verdure. Quand il se met doucement à pleuvoir, nous entendons les gouttelettes taper sur les feuilles au-dessus de nos têtes sans nous atteindre. Plus loin, nous grimpons sur un enchevêtrement de racines qui n'est pas sans rappeler certaines images du Seigneur des Anneaux.
Et tout à coup, au bord du chemin : des toilettes ! Propres, sentant le citron, avec une jolie réserve de papier WC même pas humide... Nous en retrouverons d'autres ailleurs. Elles sont indiquées sur les plans de randonnée et positionnées de façon à dépanner les marcheurs toutes les 4 heures.
Nous revenons par la même route en comptant les virages. Le résultat est à la hauteur de nos attentes : 239 virages ! Comme il est encore tôt, nous poussons jusqu'à Picton par la Queen Charlotte Drive. Cette route touristique (="scenic road") qui longe un fjord est réputée pour donner un très bel aperçu des Marlborough Sounds. Elle ne nous déçoit pas : ce paysage de forêt et d'eau entremêlées est magnifique. Nous découvrons la petite ville de Picton depuis un promontoire : coincée au fond d'un fjord comme elle l'est, nous avons du mal à croire qu'elle puisse être la porte d'entrée de l'île Nord. Plusieurs otaries se baignent dans le port, entre les quais et les bateaux, mais de manchot, toujours point.
La route du retour est la même : Havelock, Nelson, Richmond, Brightwater puis Andrews Street jusqu'à la maison où nous arrivons à la nuit tombée. Ce soir, Annie nous a préparé un coq au vin, soit disant rimé mais pourtant bien bon !

Dimanche 2 août : Takaka et Golden Bay

La douche du hangar ne chauffant toujours pas, nous nous retrouvons à nouveau à nous laver dans la maison, où nous sommes les premiers debout. Vers 9h30, le petit déjeuner dégusté, nous partons, en direction du nord cette fois. Nous empruntons la route de Takaka qui grimpe à l'assaut de la montagne dès sa sortie de Richmond. 
Nous faisons halte au sommet de Takaka Hill pour visiter une grotte qui n'est ouverte que le week-end, la Ngarua Cave. Nous sommes les seuls visiteurs à cet horaire ; la guide nous propose une visite évidemment en anglais, mais un peu adaptée. La grotte est un long tunnel plus ou moins large et rempli de concrétions variées, dont des petites boules que nous ne connaissions pas. Pendant les périodes où la grotte était sèche, ces boulettes granulées sont sorties du calcaire sous l'effet de la condensation. Quand la grotte était humide, des concrétions lisses se sont formées comme partout ailleurs : stalactites et stalagmites, orgues, rideaux, etc. Des os de moas (un gros oiseau coureur qui a depuis disparu) et d'opossums ont été retrouvés ici car la zone est karstique et de nombreux trous ponctuent la surface du plateau. 
La grotte abrite aussi des "bêêites", nous dit la guide. "Des bêêites ??" Nous avons beau tourner le mot dans tous les sens, "bêêite" ne nous dit rien. "Yes, bêêites !" Et là, elle nous explique que la bêêite en question s'accroche au plafond la tête en bas et elle nous mime des ailes repliées, "comme Bêêitman". Et là, tout s'éclaire : "Ah, des "bats" !" Et oui, les Néo-Zélandais ont la sale habitude de prononcer "è" des "a" normaux. De la même manière, les caissières de supermarché nous proposant des sacs nous demandent "Do you want a "bèèig" ?" ce qui a aussi donné lieu à un petit instant d'incompréhension. 
En tout cas, la visite est belle et intéressante. La guide nous ramène au centre d'accueil par le plateau, où ont été tournées cinq secondes du film Le Hobbit, dans un paysage de causse, herbu et rocheux. Cela nous change des forêts !
Nous continuons notre route vers Takaka, où nous trouvons une chambre pour la nuit au Annies Nirvana Lodge, dans une sorte de préfabriqué. Plusieurs bâtiments de ce type entourent une cour emplie de tables et de bancs en bois. L'ensemble fait un peu bric-à-brac, mais reste convivial. La tenancière est sympa et son mari me tape la causette pendant qu'Antoine paie d'avance. 

Nous reprenons la route et pique-niquons près des Te Waikoropupū Springs, nom maori abrégé en Pupu Springs. Il s'agit d'une source sacrée considérée comme la plus pure du monde ; elle est immédiatement pompée et distribuée dans le réseau d'eau potable. C'est cette eau qui coule au Annies Nirvana Lodge. Pour cette raison, on n'a pas le droit de la toucher ni d'en prélever une goutte. Comme aux sources de la Krka, l'eau sourd de partout, mais en très grande quantité : 14 000 litres à la seconde ! Sous l'eau d'un bleu d'azur, on distingue sans difficulté le fond du lac, à près de 10 mètres de la surface. Impressionnant ! Comme tous les "scenic sites" (= sites touristiques) de Nouvelle-Zélande, le lieu est bien aménagé, avec passerelles en bois, panneaux explicatifs et sentiers de randonnée.
Nous poursuivons vers le nord, passons près de la ville de Collingwood et filons en direction de Farewell Spit, une flèche dunaire qui ferme la Golden Bay à son extrémité nord. Nous nous rendons soudain compte que nous n'avons plus beaucoup d'essence. Bien sûr, aucune station n'est installée sur cette route. Thomas nous avait pourtant prévenus : il vaut mieux quitter les grandes villes avec le réservoir plein car les stations-services sont rares en campagne. Nous avons fait le plein hier mais notre réservoir est ridiculement petit. Et là, il est presque vide. Nous n'allons pas faire demi-tour maintenant, nous pensons avoir encore assez d'essence pour revenir à Collingwood tout à l'heure, en espérant qu'il y ait une station dans ce bled.
A Farewell Spit, la marée est basse et l'estran immense, nous ne pouvons qu'apercevoir les limicoles, loin là-bas. Il y a pourtant des barges, des cygnes noirs et des Tadornes du paradis qui criaillent tant qu'ils peuvent à notre approche. Nous traversons les dunes ; de ce côté, la plage est fermée à gauche par les falaises calcaires de Fossil Point et s'étend à perte de vue sur la droite. La flèche sableuse est longue de 27 km, un peu trop pour essayer d'en atteindre le bout.
La guide de la grotte nous avait conseillé d'aller voir une arche de rocher (semblable à celle d'Etretat, d'après les photos) au Cape Farewell, mais nous préférons revenir à Collingwood avant de tomber en panne. Heureusement, nous y trouvons une pompe. Il est maintenant trop tard pour retourner au Cape Farewell, le soleil se couche, dommage. En revenant à Takaka, nous nous arrêtons au bord d'une vasière où pataugent trois Spatules royales. 
A Takaka, nous dînons dans un café indiqué par le guide, qui fait aussi restaurant. L'endroit semble assez chic : le serveur porte chemise blanche et cravate noire et il a l'air de maîtriser les cocktails. Nous choisissons du poisson, du blue cod pour moi, du snapper pour Antoine (espèce vaguement apparentée à la dorade, le snapper, pas Antoine). Ce n'est pas mauvais, mais la cuisson laisse à désirer : renseignements pris auprès du serveur, le poisson a été bouilli dans de la sauce. Il aurait pu être si bon s'il avait été grillé ! Nous avons une pensée émue pour Obélix et son sanglier bouilli dans de la sauce à la menthe.

Lundi 3 août : Abel Tasman National Park

La pluie est tombée abondamment pendant une bonne partie de la nuit. Au matin, l'averse n'a toujours pas cessé. Il nous faut pourtant traverser la cour pour nous rendre aux toilettes et à la douche : ce n'est pas pratique du tout ! Nous prenons notre petit déjeuner dans la cuisine face à la cour en attendant qu'une salle de bain se libère. Beaucoup de monde semble plus ou moins vivre ici : des saisonniers ? des SDF ou quasi-SDF logés pour l'hiver ? En tout cas, tous ne sont pas des touristes.
La pluie se calme, mais il fait encore trop moche pour envisager une sortie en kayak dans l'Abel Tasman National Park. Nous faisons quelques courses ("Do you want au bèèig?") avant de prendre la route de Motupipi, une petite ville proche de Takaka. De là, nous continuons jusqu'à la côte sur une route qui vire vite à la piste virounante, parfois rétrécie par des glissements de terrain. Certains semblent même récents... Rassurant. Autour, la forêt est toujours aussi luxuriante, peut-être même encore plus sous la pluie : elle porte bien son nom de "rain forest". 
Nous avons droit à une petite éclaircie en arrivant sur la côte. La plage est d'un superbe jaune doré, la mer est bleu azur, une belle lumière filtre au travers des nuages et illumine le vert de la forêt : c'est de toute beauté ! 
Nous observons quelques puffins, des huîtriers posés sur la plage, des cormorans dans les arbustes et sur les rochers, mais toujours pas les manchots espérés. Nous pique-niquons sur une table à peu près abritée du vent, dans un coin de buissons, avant de rentrer à Takaka par la même piste. A partir de là, nous décidons de contourner le parc afin d'y entrer par le sud. En effet, aucune route ne traverse la réserve naturelle de l'Abel Tasman National Parc, il n'est coupé que par des chemins de randonnée. 
Nous faisons étape à Marahau, où le sable nous propose une autre nuance de doré. La mer est basse et découvre très loin, comme à Farewell Spit hier. Nous passons ensuite par Kaiteriteri, une bourgade quasiment morte en cette saison, entièrement dédiée au tourisme et aux vacances comme l'attestent de nombreuses et magnifiques résidences secondaires. 
Sur la route du retour, nous faisons un détour par Rabbit Island, une grande île de la baie de Richmond à laquelle on accède par un pont qui est fermé à la tombée de la nuit, c'est à dire très bientôt. L'île est occupée par une grande forêt de manukas entourée d'interminables plages de sable noir. Le manuka, appelé "tea-tree" par les colons anglais, est un arbre à feuilles écaillées de la famille des Myrtacées, proche de l'eucalyptus. A partir du manuka, les Néo-Zélandais produisent un miel très réputé pour ses vertus thérapeutiques. On utilise également l'huile essentielle qui en est extraite.
A Richmond, nous découvrons le centre-ville à pied. Yoanna nous a présenté Richmond comme une banlieue de Nelson dans laquelle il n'y a vraiment rien, mais dans la rue principale, tous les rez-de-chaussée sont occupés par des commerces variés et parfois bien spécialisés pour une si petite ville (plusieurs magasins de vélos, par exemple). Il est vrai que la rue principale est la seule rue commerçante de la ville. Cependant, nous ne trouvons de poste ni ici, ni dans la grande galerie commerciale proche. Comme tous les centre-villes néo-zélandais, celui-ci est parfaitement adapté aux voitures, avec de larges rues qui incluent un espace de parking le long de chaque trottoir. Les trottoirs eux-mêmes permettent à plusieurs piétons de marcher de front, abrités par les larges auvents des magasins. Nous nous arrêtons un instant devant la belle bibliothèque de la ville avant de rentrer à la maison.
Nous y arrivons à la nuit tombée. La maison est vide, le reste de la famille étant précisément à la bibliothèque de Richmond, qui dispose d'une bonne connexion internet. Mais cette fois, nous savons allumer les chauffages seuls ! Nous dînons tous ensemble de délicieuses côtelettes d'agneaux accompagnées de haricots et de topinambours. Je profite du dessert pour goûter les tamarillos, fruits locaux découverts dans un magasin : une sorte de grosse prune rouge à chair jaune acidulée qu'on mange à la petite cuillère.

Mardi 4 août : de Richmond à Greymouth

Fait notable du matin : la douche du hangar ne fonctionne toujours pas. Nous sommes maintenant habitués à traverser la cour pour accéder aux sanitaires. Après le petit déjeuner et le rangement de la maison, nous partons en direction du sud. Thomas, Yoanna, Annie et Joël partent vers Picton d'où ils rejoindront Wellington. Nous y serions bien allés avec eux si nous avions bénéficié de quelques jours de plus ici, comme prévu initialement, mais maintenant, si nous voulons faire le tour de l'île Sud, il faut commencer à descendre. 
Nous commençons par franchir un col avant de suivre la vallée de la Buller River, un fleuve qui se fait de plus en plus large. Il pleut, parfois même très fort. Nous sommes obligés de pique-niquer à l'intérieur de la voiture dans les gorges de la Buller, près d'un passage où la route a été entaillée dans la falaise. C'est une "one lane road", une route à une voie. A l'entrée, un feu qui ne fonctionne pas et un panneau "proceed with caution" ( = engagez-vous avec précaution). C'est bien beau, mais le passage n'est pas rectiligne et la sortie est masquée par un pan de rocher. Nous serrons les fesses, espérant ne pas y croiser un camion...
Nous suivons la Buller River jusqu'à son embouchure sur la côte ouest, près de Westport. Nous nous rendons au Cape Foulwind où nous sommes accueillis par un weka qui rôde qui le parking. Nous bravons le vent de fou (traduction littérale de "foulwind") en faisant un petit tour à pied sur les falaises autour du phare, entre les flax et les palmiers locaux. La mer est démontée, conséquence du mauvais temps qui sévit depuis hier. Nous poussons jusqu'à la seal colony, qui est effectivement pleine d'otaries, mais n'abrite aucun manchot. Entre les flax, nous observons pourtant des passages qui doivent appartenir aux manchots qui nichent plus haut.
Avant de poursuivre la descente vers le sud, nous repassons à Westport remplir le réservoir : la leçon d'hier nous a suffit. C'était une bonne idée car il n'y aura pas de pompe le long des 100 km de route qui mènent à Greymouth. 
Nous faisons halte à Punakaiki pour voir de curieuses formations sédimentaires qui ressemblent à des pancakes empilés : des couches dures et friables alternent, fortement érodées par la mer. Le résultat est un chaos de colonnes plus ou moins irrégulières, d'arches et de grottes sous lesquelles s'engouffrent les vagues. L'effet est impressionnant. Le soleil se couche, la lumière frappe les falaises qui surplombent les forêts au-dessus de Punakaiki et de sa rivière, mettant le site parfaitement en valeur.
Nous revenons à la voiture alors que la nuit tombe. Ce soir, notre route se termine à Greymouth, sur la Grey River. Nous dormons à l'hostel Noah's Ark, aménagé sur le thème des animaux de l'arche de Noé. Notre chambre est décorée d'éléphants. Elle ne dispose pas de sanitaires privatifs, mais la salle d'eau est juste à côté et il n'y a pas grand monde d'autre qui semble l'utiliser.
Nous dînons au Ali's eating and drinking d'un burger qui est la spécialité de la maison pour Antoine et d'un plat de champignons proche du burger pour moi. Bon, mais absolument gueudant. L'établissement est tenu par une dame charmante et efficace comme toute Néo-Zélandaise qui se respecte, mais la pièce est décorée de couleurs criardes et éclairée au néon.

Mercredi 5 août : Arthur's Pass

A Noah's Ark, le petit déjeuner est offert : pain de mie, confiture, sucre, thé, lait, chocolat... C'est bien appréciable car nous n'avons pas grand chose. Le seul problème, c'est que ni la multiprise ni la prise murale ne supportent à la fois le grille-pain et la bouilloire, ni deux bouilloires en même temps : l'installation électrique ne saute pas, mais tout s'éteint. 
Avant de quitter la ville, nous achetons du pique-nique et des timbres. Nous partons ensuite en direction du Arthur's Pass, le col qui permet à la route Greymouth-Christchurch de franchir la chaîne des Southern Alps. Il s'agit d'un des rares passages entre l'est et l'ouest. Ce chemin, pourtant connu par les Maoris, a été tracé en 1864 par le géomètre Arthur Dudley Dobson. Il en a profité pour laisser son nom au col. 
Notre route longe la côte avant de s'enfoncer dans la large vallée d'une rivière qui s'étale nonchalamment entre les bancs de cailloux, comme beaucoup de cours d'eau ici. A la fonte des neiges, ça n'est sûrement pas la même histoire.  La route s'élève peu à peu, franchissant des "one lane bridges", une spécialité locale : une pancarte à l'entrée du pont indique le sens de circulation prioritaire, elle est parfois doublée d'un feu éteint (très utile). Les one lane bridges existent partout, sur tous les types de routes et indépendamment de la largeur de la rivière à traverser. Nous avons supposé qu'il y avait un quota de ponts à deux voies par région et que les rares élus étaient tirés au sort. En tout cas, le dernier one lane bridge de l'ascension est un long viaduc au-dessus de gorges profondes qui a remplacé la route qui longeait la vallée... et s'est totalement éboulée. Il n'en reste plus que quelques mètres, transformés en parking à déneigeuse. 
Ce fameux Arthur's Pass dont on nous rebat les oreilles n'est pas si vertigineux qu'on pensait ni si difficile à franchir puisque tous les camions l'empruntent. Avec ses 740 m d'altitude, il n'a rien en commun avec les cols pyrénéens auxquels nous sommes habitués. D'ailleurs, la route ne monte pas beaucoup. La partie la plus impressionnante devait être celle qui est aujourd'hui écroulée.
La voiture est laissée sur un parking au col, les sacs bouclés : nous partons à l'assaut de la montagne qui, elle, grimpe raide de chaque côté d'Arthur's Pass. Nous nous dirigeons vers Temple Basin, une aire de ski sur les pentes du Mount Temple. Le chemin est un pierrier, enneigé dès qu'on prend un peu d'altitude. Il est même souvent glacé et certains passages sont très glissants ! Pour pique-niquer, nous nous installons au bord du chemin, juste au bon endroit pour regarder les autres randonneurs glisser quelques mètres plus bas.
Au-dessus de nos têtes, les sommets sont entièrement enneigés : nous nous imaginons sans peine sur les pentes du Caradhras ! Le lieu du tournage de ces scènes dans le Seigneur des Anneaux n'est pas très loin, mais on y accède par l'autre versant. 
A Temple Basin, nous arrivons près d'un ensemble de bâtiments qui font office de station de ski : l'un propose des skis à louer, un autre semble être un hébergement. Une remontée mécanique, une simple corde, tourne quelques mètres plus loin ; un groupe en snowboard l'utilise. Comme nous arrivons, un autre groupe se prépare à partir pour une sortie d'alpinisme. Ils sont lourdement chargés, leurs sacs ont dû monter jusqu'ici par le monte-charge que nous avons observé un peu plus bas. Cette station de ski ne ressemble en rien aux stations françaises : ni hôtel, ni restaurant, ni magasin, ni billetterie. Pas non plus cette effervescence caractéristique d'une station de sports d'hiver. Il faut dire que la descente en ski, ici, il faut la mériter, elle n'est pas accessible à tout le monde ! 
Près d'un bâtiment, nous découvrons une série d'empreintes qui appartiennent au perroquet local, le kea. Nous redescendons en scrutant le ciel et les montagnes à sa recherche, en vain. 
Une fois remontés en voiture, nous faisons halte sur la portion encore en place de l'ancienne route, d'où nous avons une superbe vue sur le viaduc. Et là, sur le toit de la voiture voisine, que voit-on ? Notre kea ! Une autre spécimen trône sur un rocher un peu plus haut. Nous trouvons un autre couple en contrebas, encore à proximité d'un parking. En fait, cet oiseau protégé, dont il reste peu d'individus, n'est pas farouche du tout. 
Avant de revenir à Greymouth, nous nous arrêtons à Moana, au bord du Brunner Lake, dans lequel nagent des fuligules locaux. Le soleil se cache maintenant derrière les montagnes. Nous faisons une autre halte à l'ancienne mine de charbon de Brunner, sur les rives de la Grey River. C'est un complexe industriel assez vaste, avec une grande usine de transformation du charbon en coke et une briqueterie. Nous ne sommes pas sûrs que tout ait fonctionné en même temps, les panneaux sont en anglais et il commence à faire trop sombre pour pouvoir les lire. En tout cas, l'ensemble est en ruines. Un mémorial a été établi à l'entrée pour commémorer un accident important qui a eu lieu dans la mine. 
A notre hostel, nous nous préparons un plat de pâtes au saumon qui suscite les commentaires d'un jeune Français qui ne pensait pas être compris... Cela ne nous empêche pas de nous régaler !

Jeudi 6 août : de Greymouth à Franz Josef Glacier

Nous profitons à nouveau du "free breakfast" proposé par Noah's Ark avant de quitter Greymouth en direction du sud. Nous longeons la côte jusqu'à Hokitika où nous nous arrêtons dans une librairie acheter le guide des oiseaux de Nouvelle-Zélande. Nous voilà enfin équipés correctement pour l'ornithologie. Nous feuilletons d'autres livres intéressants, dont un sur les Anzac, les soldats australiens et néo-zélandais qui ont combattu à Gallipoli pendant la Première Guerre Mondiale, et un autre sur les techniques du rugby, avec force schémas et photos explicatives. Mais, en prévision des vols de retour, nous renonçons à les rapporter afin de ne pas alourdir nos sacs. 
La belle plage de la ville est encombrée de bois flotté. Nous en voyons beaucoup partout, sans doute une conséquence des crues des rivières qui traversent des forêts. Ici, les habitants en ont fait une sorte d'emblème, en écrivant "Hokitika" avec des branches et des troncs plantés dans la plage. De l'autre côté de la ville, les montagnes enneigés se déplient à perte de vue. 
Quelques kilomètres plus loin, nous nous arrêtons visiter le site minier de Ross, où l'or est encore exploité. De la grande époque de la ruée vers l'or (deuxième moitié du XIXème siècle), il reste quelques bâtiments restaurés et aménagés avec du mobilier et des objets d'époque, quelques vestiges industriels et l'"historic cemetery" abandonné. En lisant les inscriptions sur les pierres tombales, nous nous étonnons de l'âge précoce du décès de la plupart des hommes. Les conditions de travail devaient être particulièrement rudes. 
Comme nous suivons le sentier de découverte du site, nous longeons la rivière aurifère, dont l'eau est glaciale. Une pancarte indique qu'elle continue de charrier de l'or et que la prospection y est autorisée sous certaines conditions. Nous nous attelons à la recherche du précieux minerais, sans beaucoup de succès (les mains ne sont pas les outils les plus adéquats). Antoine découvre bien une minuscule paillette, visible uniquement en macro avec l'appareil photo, mais il la perd en se lavant les mains... 
Nous pique-niquons sur les tables prévues à cet effet près de l'accueil du site (il y a des tables de pique-nique dans le moindre "scenic site") avant de poursuivre notre descente vers le sud de l'île, entre la mer et les montagnes. 
La halte suivante a lieu près de la lagune d'Okarito où, paraît-il, les oiseaux abondent. Or, à part une grande aigrette, des petits cormorans et les laridés habituels, il n'y a rien à mettre dans les jumelles. Le lieu est calme, presque endormi. Nous avons peine à croire que ce site minier aurifère ait pu accueillir plusieurs milliers de personnes dans les années 1860.
Comme une "kiwi zone" est signalée autour d'Okarito, nous décidons de marcher un peu dans la forêt humide à la recherche du très caché kiwi. Mais nous avons beau scruter les sous-bois, tendre l'oreille et avancer à pas feutrés, il reste invisible. Il est vrai qu'il ne sort normalement que la nuit. Nous envisageons de revenir ici plus tard dans la soirée, peut-être...
Nous arrivons au village de Franz Josef Glacier vers 17h30, soit peu avant le coucher du soleil. Nous y avons réservé une chambre dans un backpackers, le Franz Josef YHA. A 18h00, l'établissement propose une soupe mais elle est ultra épicée. Nous nous rendrons compte plus tard que je n'ai servi que du bouillon, sans puiser les légumes au fond de la marmite ; peut-être aurais-je dû mélanger, les épices se seraient diluées... 
Nous dînons ensuite dans un restaurant (le seul de la ville, apparemment) qui affiche son soutien aux All Blacks, mais reconnaît la valeur de leurs adversaires : des drapeaux de toutes les grandes nations du rugby, dont la France, pendent au plafond. Plusieurs télés diffusent une émission de sport, c'est à dire de rugby, mettant ce soir à l'honneur le rugby à XIII.
Finalement, terrassés par la flemme et peu motivés par le froid qui règne ici, nous renonçons à retourner dans la "kiwi zone" d'Okarito. Nous passons la fin de la soirée dans notre chambre en-suite (c'est à dire avec sanitaires privatifs : ça faisait longtemps !) à essayer de chauffer la pièce et faire sécher le linge, alors que la fenêtre était ouverte avant notre arrivée, que le chauffage de la salle d'eau a été remplacé par une aération monumentale et efficace (elle) et que celui de la chambre est une vulgaire résistance de grille-pain fixée au plafond et qui ne chauffe pas à plus de 15 cm !!! C'est ce soir-là que nous commençons la liste de nos griefs contre les chauffages néo-zélandais. Elle ne va faire que s'allonger par la suite.

Vendredi 7 août : de Franz Josef Glacier à Makarora

Ici aussi, nous avons droit à un "free breakfast" ! Il n'est constitué que de deux tartines, d'une petite barquette de confiture et d'un sachet de thé par personne, mais en y ajoutant du beurre et nos tartines de réserve, nous arrivons à déjeuner convenablement. 
Nous nous rendons au parking du glacier pour y faire une demi-journée de randonnée. Plusieurs sentiers sont balisés à partir de ce point. Mais il pleut tellement que nous sommes obligés de nous chausser dans la voiture : ça commence mal ! Nous sortons quand même : normalement, nos tenues sont imperméables. 
Les nuages sont bas, on ne voit pas les sommets au-dessus du chemin. Plus loin, celui-ci traverse la rivière à gué : elle s'étale sur les anciennes moraines du glacier, formant plusieurs bras de largeurs variables. En montant en altitude, la pluie se transforme en neige. Nous passons plusieurs moraines frontales laissées en place par le recul du glacier. Mais bientôt le chemin s'arrête : nous ne pouvons pas aller jusqu'au pied du glacier, encore moins marcher dessus, car le risque de chute de pierres et de séracs est trop important. Nous faisons donc demi-tour et revenons à la voiture trempés. L'imperméabilité des vêtements n'a eu qu'un temps. Au-dessus du parking, les forêts sont saupoudrées de blanc, c'est de toute beauté. 
Nous  repartons pour rejoindre Haast, l'extrême sud de la route avant l'inaccessible Fjorland, en passant par le Fox Glacier, l'autre grand glacier de la chaîne des Southern Alps. Il pleut toujours, et comme la route monte, nous retrouvons la neige. Celle-ci tombe en flocons énormes qui accrochent de plus en plus à la route. Si bien que ça devient glissant... Antoine peine à emmener la voiture sur un parking en haut d'une petite côte : dans le virage, entre la rivière et le ravin, il s'est fait un peu peur. Nous nous arrêtons donc pour chaîner quand arrive le camion de la Poste qui descend vers Franz Josef. Il nous crie de faire demi-tour, en indiquant par gestes qu'il y aurait 1 mètre de neige à l'endroit d'où il vient. Nous suivons le conseil et descendons. Autour de nous, les fougères sont couvertes de neige, c'est un spectacle étonnant et magnifique. 
Dans la descente, Antoine conduit prudemment car la route est bien glissante. En bas, nous croisons le chasse-neige qui monte suivi par une voiture des Ponts et Chaussées locaux. Hop, demi-tour, nous les suivons ! Derrière la lame, ça roule tout de suite mieux ! Nous dépassons le petit parking, maintenant tout blanc. Mais nous ne nous sommes pas arrivés pour autant car, un peu plus loin, plusieurs véhicules stationnent sur la chaussée. La déneigeuse doit s'arrêter derrière eux, et nous à sa suite. Du côté du ravin, des gens s'activent avec des cordes et des couvertures : une voiture aurait glissé ?? Nous attendons tandis que la voiture de la DDE s'avance sur le lieu de l'accident. Le chasse-neige double tout le monde pour continuer son office. Pour nous, pas question de doubler : la voie de droite est complètement enneigée et en partie occupée par toutes ces personnes affairées. Peu après, des véhicules de la DDE arrivent dans l'autre sens et nous demandent de chausser les chaînes et de redescendre, signalant que la route est fermée pour l'instant. 
Bon, pas le choix : nous chaînons puis nous redescendons. En route, nous croisons des véhicules de secours qui montent : l'accident semble important. Cette fois, nous nous voyons bloqués à Franz Josef pour un moment. La situation sent l'aventure palpitante à plein nez, mais nous ne rions pas trop quand même car si nous restons bloqués ici, nous devrons raccourcir notre périple sur l'île sud. 
Un petit tour au I-site (=office du tourisme) de Franz Josef, avec station prolongée devant les radiateurs, nous réchauffe un peu. Nous feuilletons les livres pour enfants, dont le héros, Little Kiwi, vit des aventures passionnantes (mais en anglais) dans la rain forest. Un grand plan en relief montre les Alpes du Sud ; nous comprenons pourquoi il n'y a qu'une seule route qui quitte Franz Josef Glacier, la chaîne de montagnes est trop abrupte pour être franchie n'importe où. Mais nous sommes étonnés de voir que la route de ce "col" qui nous pose tant de problèmes est juste une succession de toutes petites côtelettes comme nous en avons déjà franchies plein et qu'on ne signalerait même pas s'il ne neigeait pas !
Nos vêtements mouillés sèchent pendant que nous pique-niquons dans la voiture. Ca devient une habitude : avec cette pluie glaciale, difficile de trouver un endroit sec et abrité où se poser pour déjeuner. 
En début d'après-midi, il ne pleut presque plus. Nous consultons le panneau d'information du I-site : pour se rendre à Fox, il faut les chaînes, mais la route est ouverte. Très bien ! Nous repartons ! En bas de la côte, il n'y a plus personne pour arrêter les voitures, la voie est libre. Les bas-côtés sont blancs mais la chaussée est dégagée. Après plusieurs petits "cols", nous atteignons Fox sans problème et sans chaîner.
Nous continuons notre route vers Haast. Elle longe la mer par endroits, comme au Knight Point, un joli "lookout" (ou "miradouro" comme on disait aux Açores : un point de vue, quoi) où nous faisons halte. 
Vers 17h00, nous voilà à Haast. La bourgade est minuscule, nous ne sommes pas sûrs qu'il y ait du logement et le I-site qui pourrait nous renseigner est fermé. Cela nous décide à tenter le franchissement du Haast Pass, un vrai col celui-ci, alors même que la bruine qui continue de tomber n'est pas très engageante. Nous espérons dormir de l'autre côté, à Makarora.
Bien sûr, nous sommes assez vite environnés par la neige, mais comme la route a dû être salée, elle n'adhère pas à la chaussée. Nous suivons la rivière et atteignons tranquillement le col... pour nous retrouver fouettés par la neige et le vent de l'autre côté ! Il neige à gros flocons et droit sur nous ! En plus, il fait maintenant nuit. Heureusement, la tempête se calme et nous atteignons Makarora sans avoir eu vraiment l'impression de descendre un col : comme à Arthur's Pass, le col est un passage obligé d'un versant à un autre de la chaîne alpine, mais cela ne veut pas dire que l'altitude soit importante. 
Le bourg de Makarora est constitué de trois ou quatre maisons dont un "visitor center" (autre nom du I-site) et un café-pub qui propose des hébergements. Il s'agit de huttes éparpillées autour d'un bâtiment qui sert de lodge (salon, salle à manger, cuisine). et d'un autre qui abrite les sanitaires. Cela nous convient, nous sommes déjà bien contents d'avoir trouvé une chambre ! D'autant plus qu'un panneau indique que la route du col est maintenant fermée : nous avons eu chaud...
Nous dînons au pub et goûtons l'ambiance (tout un groupe fête un anniversaire à grand renfort de bière) et les spécialités locales. Je teste un genre de fish and chips qui n'a pas dit son nom (honnêtement mangeable) tandis qu'Antoine se laisse tenter par le "roast of the day". Ce plat, trop vite traduis par "grillade du jour", s'avère être plutôt le "ragougnasse du soir" : un rôti d'on-ne-saura-jamais-quoi accompagné de légumes "cruits" à la mode anglaise (pas très bon, voire pas bon du tout). En dessert, je craque pour le pavlova dont j'ai lu la description dans le guide et je le conseille à Antoine. Un fruit inconnu (pas celui dont parlait le guide, en tout cas) est servi avec de la glace à la vanille surmontée de meringue. Seul le remplissage précédent de mon estomac m'empêche de savourer ce régal, mais je crois que, pour sa part, Antoine avait déjà reçu des conseils meilleurs que celui-ci...
Nous ne traînons pas dehors car il gèle probablement : nous nous précipitons dans le lit. Il est pourvu d'une alèse chauffante bien appréciable. Quant au chauffage, lui aussi est local : un radiant pendu à la poutre de la hutte (à 2 m de haut, soit 3 m sous le plafond) et un chauffage d'appoint à bain d'huile peinent à faire monter la température au-dessus de 10°C. 

Samedi 8 août : de Makarora à Te Anau

Difficile de sortir du lit à la fameuse alèse chauffante ! Et c'est encore pire quand on met le nez hors de la hutte ! La voiture est givrée et les montagnes saupoudrées de blanc. Il nous faut pourtant traverser le jardin pour accéder aux sanitaires. La douche est bien chaude, mais dès qu'on éteint le robinet, c'est comme à Richmond, comme à Takaka : gla gla !! Et ce n'est pas fini... Nous prenons notre petit déjeuner dans la "common room" du lodge, qui n'est chauffée que par un poêle à bois qu'il faudrait allumer... et que nous n'allumons donc pas.
A 10h, nous partons. La route du col semble rouverte. Mais nous continuons la descente vers le sud ; nous longeons le lac Wanaka et le lac Hawea, de grandes étendues bleu profond entre les montagnes blanches, le tout accompagné de palmiers vert brillant : encore un paysage splendide ! Autour de nous, les sommets sont tous plus beaux les uns que les autres. Nous passons les bourgades de Albert Town et Wanaka avant d'emprunter la "scenic road" qui conduit à Queenstown via Cardrona. 
Cardrona est une station de ski importante, toujours à la mode néo-zélandaise : des parcours sont balisés, des remontées installées, mais aucun centre touristique et commercial n'accueillent les skieurs au bas des pistes. Même les parkings sont introuvables ! Nous suivons les panneaux de départs de randonnées, mais ils nous amènent à franchir des barrières à bétail qu'il faut refermer derrière soi, le tout sur des routes non goudronnées enneigées : pas de quoi inspirer confiance ! Nous renonçons donc à une rando à Cardrona et continuons par la route. 
Le paysage, jusqu'à présent dominé par une herbe vert marronnasse couchée qui rappelle les Highlands écossais, se couvre de neige jusque sur les bas-côtés de la route. Nous arrivons à un col en-dessous du Crone Range Summit ; nous garons la voiture sur un parking blanc. Il y a beaucoup de circulation ici, beaucoup de voitures s'y arrêtent et/ou y glissent. Nous partons à pied par un chemin recouvert de neige presque vierge : devant nous, seuls sont visibles de rares empreintes de pas d'hier, avant les dernières chutes de neige, et des traces de lièvres. Le chemin grimpe en zig-zag entre les flax givrés jusqu'à un épaulement que nous qualifions de sommet. Comme les nuages montent de la vallée, nous préférons faire demi-tour pour ne pas nous retrouver à conduire à nouveau sous (et sur) la neige. 
La montée vers le col était un genre de défilé peu pentu et presque rectiligne, mais la descente est un enchaînement de beaux lacets au-dessus de collines qui ressemblent au Rohan (région du Seigneur des Anneaux). La route ne glisse pas car elle a été dégagée et... gravillonnée ; du coup, elle dérape ! Ce qui n'est pas plus rassurant. Nous parvenons sans encombre à Arrowtown où nous trouvons un parking près d'une table de pique-nique. Mais comme nous venons tout juste de commencer à déjeuner, il se (re)met à neiger ! La nourriture est rapidement ré-empaquetée et nous finissons notre repas... dans la voiture ! 
Nous faisons un petit tour dans le bourg d'Arrowtown pour acheter un complément de pique-nique. Le magasin d'alimentation est tenu par des personnes de type asiatique dont l'attitude est très différente de l'efficacité souriante des caissières de supermarché à qui nous avons habituellement affaire. Ici, pas de grand sourire accompagné d'un "hello guys, how are you ?" qui attend une réponse, pas de "do you want a bèèig ?", rien que des visages en portes de prison. 
La ville d'Arrowtown ressemble étrangement à un bourg du Far West : un soixantaine de bâtiments date du XIXème siècle ou du début du XXème, ce sont des cubes de bois alignés sur la rue, avec un grand auvent horizontal qui protège la devanture de la boutique et le trottoir. Ici aussi, la rivière charriait de l'or, ce qui a attiré beaucoup de migrants, dont des Chinois. Ils ont alors été installés dans un quartier spécifique, au bord de la rivière, dans des conditions de misère incroyables. Aujourd'hui, ce qui reste de ce "Chinese Settlement" (=quartier chinois) a été réhabilité et aménagé dans un but patrimonial, avec sentier de randonnée et panneaux explicatifs. Nous visitons de minuscules cabanes en pierres recouvertes de tôles posées sur la rive de la Arrow River ou à moitié dans la falaise qui la surplombe. Comme nous quittons les lieux, un car arrive et débarque un flot de Chinois juste devant l'entrée avant de se garer un peu plus loin. Nous supposons que le Chinese Settlement d'Arrowtown fait partie des lieux de visite obligés des nombreux cars de touristes chinois que nous avons croisés depuis le début du séjour. D'ailleurs, ici, les explications touristiques sont en anglais et en chinois. 
Nous continuons notre route vers Queenstown, la grande ville du coin. Il y a beaucoup de monde, nous stationnons HUP 55 dans un parking souterrain. Les rues, tracées à angles droits, sont bordée d'alignements de boutiques, dont des locations de skis et des agences de tourisme qui vendent des parcours d'aventure, ski, alpinisme, bateau, parachute, saut à l'élastique, etc. Comme à Hokitika, des bijouteries proposent des fragments de jade, la "green stone" sacrée des Maoris. La ville est très animée, avec des marchands de marrons chauds et des exposant variés sur les quais du lac Wakatipu. Nous regardons les canards, des croisements plus ou moins réussis de colverts introduits et de Canards à sourcils locaux, et les nombreuses Mouettes de Buller pas farouches. 
Nous reprenons la route qui longe la lac en direction du sud et passons près des sites skiables des Remarkables (chaîne de montagne). Nous essuyons plusieurs averses de pluie et de neige entre les collines désertes ; la neige tient un peu sur la route, heureusement pas longtemps. Nous atteignons Te Anau à la nuit tombante (18h15 : on voit bien que nous sommes plus à l'ouest) et y trouvons une chambre avec salle d'eau privative à la YHA. Elle est plutôt confortable, malgré le problème récurrent de chauffage (fixé au plafond, ça va sans dire). Nous dînons dans la "common room" avec notre reste de pâtes, du gouda et des saucisses, avant de finir la soirée à claquer des dents dans notre chambre, brrrr...

Dimanche 9 août : de Te Anau à Invercargill

Il fait toujours aussi froid dans cette chambre : la principale source de chaleur est la vapeur de la douche qui se propage dans toute la pièce. Notre petit déjeuner est constitué de wraps que nous mangeons dans la cuisine du backpackers.
Nous partons tôt, vers 8h30, afin de trouver un bateau pour faire un tour sur le lac de Te Anau. Nous sommes en bordure du Fjordland, une région très sauvage de l'île sud, un ensemble très découpé d'estuaires et de presqu'îles montagneuses. C'est à peu près inaccessible, sauf en participant à une excursion en bateau. Nous zonons sur les quais à la recherche d'une agence de promenades, sans succès ; aucun horaire ne nous convient, nous souhaitons passer la matinée ici avant de rallier Invercargill pour être près de l'embarcadère pour Stewart Island où nous voulons nous rendre demain. Au I-centre, on nous indique qu'un sortie de trois heures sur le lac est prévue aujourd'hui à 14h ("2 p.m." disent-ils ici) pour aller à la grotte située sur la rive d'en face. C'est beaucoup trop tard pour nous, dommage. 
Nous faisons un petit tour près de la marina (Te Anau est une ville importante, nous n'aurions pas cru) dans le froid. Il gèle sans doute, le pare-brise de notre voiture était givré quand nous avons quitté le YHA. Sur le port, un panneau avec la carte du secteur nous apprend qu'il y a un parking et un pont sur la Waiau River à mi-chemin entre Te Anau et Manapouri. C'est le seul endroit où l'on peut franchir la rivière et se rendre de l'autre côté de la série de lacs. 
Nous y allons. Ce parking donne accès au Kepler Track, une randonnée de 67 km autour du mont Kepler, entre les lacs Manapouri et Te Anau. C'est sur une passerelle enneigée que nous franchissons la Waiau, plus connue comme étant la rivière Anduin dans Le Seigneur des Anneaux. Plus loin, nous empruntons une autre passerelle suspendue qui vibre encore plus. Nous marchons entre des arbres hauts et droits qui sont parfois tombés en laissant des trous béants. Les fougères arborescentes alternent avec des espèces microscopiques semblables à des mousses qui forment un épais tapis. La neige fond et les arbres s'égouttent sur nous. Nous passons près d'un étang niché au creux d'un marais. Un chemin de planches mène à une plateforme d'où nous observons les canards et les bernaches qui nagent et les sizerins qui volettent de buissons en buissons. Nous pique-niquons au bord du lac Manapouri, sur une grève de galets ensoleillée où un couple de tadornes fait un tapage monumental à notre approche (mais n'aurait pas l'idée de s'envoler). Malheureusement, nous devons décamper car nous sommes attaqués par d'énormes moustiques, les fameux sandflies. 
Au retour, la neige a un peu fondu et la forêt nous "pleut" moins dessus. Nous reprenons la voiture et descendons à Manapouri où nous faisons le plein de carburant (maintenant, nous sommes méfiants). Au sud de Manapouri, les montagnes sont plus rares et plus basses. Nous suivons la Waiau de loin, jusqu'à Clifden. Là, un pancarte indique "Clifden Caves" : nous prenons cette direction. Par ici, le paysage est bien différent : falaises calcaires, blocs de calcaire dans les prés... La grotte en question s'ouvre au bas d'une falaise, entre de gros rochers ; on y accède par une échelle qui franchit une clôture puis une sente bien humide dans un pré. Cette "Clifden Cave" est un étroit tunnel dont les parois sont lisses de concrétions calcaires. Des petites stalactites pendent du plafond et le sol est en parti inondé. Nous n'allons pas très loin car la voûte s'abaisse brutalement, imposant une progression à quatre pattes. Nous retournons dans le pré où un ruisseau disparaît dans un trou en bouillonnant : ces falaises sont un vrai gruyère ! Malheureusement, nous ne sommes pas équipés pour la spéléologie.
Nous continuons notre route touristique. Plus loin, nous suivons "Bluecliffs beach" sur une route goudronnée qui tourne vite à la "gravel road" (=route non goudronnée). Après quelques kilomètres, un panneau "Bluecliffs" se dresse près d'un chemin interdit d'accès. Nous le prenons quand même et nous garons devant le départ d'un sentier, pancarte à l'appui. Mais nous devons nous rendre à l'évidence : sitôt commencé, ce soit-disant sentier aboutit dans un champ labouré. Nous n'avons plus qu'à faire demi-tour et reprendre la route d'Invercargill, la grande ville du sud de l'île. 
Nous nous arrêtons à un lookout afin d'avoir une vue sur le Pacifique sud ; le paysage verdoyant et vallonné se casse en falaises ocres au-dessus des vagues toujours aussi bleues. Nous arrivons enfin en ville après plusieurs bouillards (de pluie, pour changer). Nous tournons un peu dans le quadrillage de rues avant de trouver le backpackers indiqué par le guide. La tenancière est une jeune femme très accueillante et prête à nous aider à aller sur Stewart Island demain. Elle propose de nous réserver des places dans un avion qui s'y rend. Finalement, nous restons sur notre première idée, la traversée en bateau : c'est plus long mais moins cher et nous espérons voir quelques oiseaux marins pendant le voyage. 
Après voir cherché en vain un restaurant de cuisine néo-zélandaise (il y a tout ce qu'on peut souhaiter comme restaurants internationaux : pizzeria, chinois, japonais, kebab, oriental, etc.), nous dînons dans un pub irlandais en savourant des verres de Guiness, la bière noire dont nous avons la nostalgie depuis que nous l'avons goûtée en Irlande. 
De retour dans notre chambre, un parallélépipède tellement haut qu'il aurait gagné en surface à être posé sur une autre face, Antoine profite du réseau internet du lieu pour réserver nos places sur le bateau de demain et un logement à Stewart Island.